Dans une usine à impact, un test n’est pas seulement une vérification ponctuelle.
C’est une action structurée autour :

  • d’un objectif mesurable,

  • d’une hypothèse explicite,

  • et d’une boucle de mesure qui débouche sur une décision.

La particularité de cette approche est qu’elle s’applique à plusieurs granularités, du stratégique au quotidien, chacune servant à réduire un type d’incertitude spécifique.

🧩 Granularité 1 : le test stratégique (macro)

Risque traité : direction, modèle, viabilité (voir les 7 objets de tests)

L’équipe veut vérifier s’il existe un marché pour un assistant de suivi alimentaire qui aide les cantines à réduire le gaspillage. L’hypothèse stratégique est : « Si nous parvenons à réduire de 20 % le gaspillage quotidien, les cantines seront prêtes à payer 49 €/mois. »

Test associé :

  • 10 cantines utilisent un tableur simplifié (PoC low-cost).

  • Objectif mesurable : mesurer la réduction réelle du gaspillage.

  • Signal attendu : au moins 5 cantines atteignent 20 %.

Si la réduction n’est que de 5 %, la stratégie doit être révisée : ce n’est pas un problème technologique, mais un problème de valeur.

🧰 Granularité 2 : le test opérationnel (meso)

Risque traité : solution, compréhension, design, capacités de l’équipe, légitimité des participants.

Pour comprendre comment la solution pourrait fonctionner au quotidien, l’équipe organise un atelier d’idéation. Cet atelier est lui-même un test. Hypothèse : « Un atelier de 45 minutes avec 6 gestionnaires de cantine doit produire au moins 4 concepts utilisables. »

Objectif mesurable :

  • concepts exploitables (critère : faisabilité + valeur perçue).

Si l’atelier ne produit qu’un concept flou, l’équipe apprend que :

  • le format n’est pas adapté,

  • les participants ne sont pas les bons,

  • la compréhension du problème est insuffisante.

On a validé que l’activité elle-même doit évoluer.

⚙️ Granularité 3 : le test atomique (micro)

Risque traité : compréhension fine, signaux faibles, micro-décisions.

Au milieu du projet, un gestionnaire demande : « Est-ce que je pourrai saisir les déchets directement depuis mon téléphone ? »

Micro-hypothèse : « Si nous reformulons cette question en un message très court, nous pouvons valider en moins de 5 minutes si l’idée est comprise et utile. »

Test atomique :

  • envoyer deux variantes du message à 3 gestionnaires,

  • objectif : obtenir au moins 2 réponses claires en moins de 10 minutes.

Résultat : aucun ne répond — pas prioritaire.
Cela évite une semaine de travail sur une fonctionnalité inutile.

À cette granularité très fine, on trouve ces micro-expériences quotidiennes qui jalonnent la vie d’une équipe : une réunion conçue pour résoudre un blocage, un message testé pour susciter plus de retours, un échange rapide avec un client pour valider une intuition. La force de l’usine à impact réside dans cette continuité de logique expérimentale, du projet le plus ambitieux à la tâche la plus anodine. Chaque activité, chaque réunion, chaque décision devient un point de mesure sur la trajectoire collective — une manière d’apprendre plus vite que les autres.

La force de l’usine à impact : l’emboîtement des granularités

Comme des poupées russes :

  • le test atomique nourrit le test opérationnel,

  • le test opérationnel nourrit le test stratégique,

  • et chaque boucle réduit un risque avant le suivant.

Ainsi, du PoC stratégique jusqu’au SMS envoyé en moins d’une minute, l’organisation utilise la même grammaire d’expérimentation : identifier une problématique → définir un objectif → planifier/organiser le test → livrer la matière et les ressources permettant la bonne réalisation du test → exécution du test (opérer) → mesure du résultat du test → analyse et décision pour la suite.

C’est cette continuité qui permet d’apprendre plus vite que les autres.