
Nouvelle-Zélande, années 1940 : le soda suit les troupes américaines partout où elles débarquent. Photographie Archives New Zealand, CC BY 2.0.
Premier volet d’une série en trois parties sur le poids de la politique dans le succès d’un produit sur trois échelles : l’état, le réseau de l’entreprise, et la politique interne. Commençons par l’échelle la plus lointaine, celle des États, parce que c’est celle qu’on voit le moins et celle qui décide le plus tôt.
Le câble de juin 1943
Le 29 juin 1943, un câble (message urgent envoyé par télégraphe) part du quartier général allié en Afrique du Nord vers Atlanta. Il ne demande ni munitions, ni carburant, ni pénicilline. Il demande trois millions de bouteilles de Coca-Cola remplies, et l’équipement complet de dix usines d’embouteillage, avec un réapprovisionnement deux fois par mois.
Pourquoi une armée en guerre réclame-t-elle du soda ?
Parce que l’armée traite alors le moral de ses troupes comme un paramètre logistique, au même titre que les rations. Une boisson sucrée et froide, identique à celle qu’on buvait chez soi, vaut mieux qu’un discours. Robert Woodruff, alors à la tête de Coca-Cola, avait pris deux ans plus tôt une décision qui relevait du génie commercial : tout homme en uniforme aurait sa bouteille à cinq cents, où qu’il soit, quoi qu’il en coûte à l’entreprise. L’armée voulait du moral et une logistique simple. Coca-Cola voulait deux choses : une génération entière de consommateurs fidélisés en uniforme, et une implantation industrielle dans des pays où elle n’était pas.
Cependant, le gouvernement, lui, gérait la pénurie : le sucre était rationné, et chaque tonne accordée à l’un était retirée à l’autre. Pour permettre la vente de Coca-Cola, Washington actionne alors trois instruments (dont aucun dollar de subvention) : Une exemption au rationnement du sucre, accordée dès 1942 pour les ventes destinées à l’armée et aux détaillants servant les soldats; Une priorité de transport, sur des navires où chaque mètre cube était disputé; Et l’accès aux bases, c’est-à-dire à une clientèle captive de plusieurs millions de personnes.
Six mois après le câble, un ingénieur de l’entreprise ouvre la première usine à Alger, et soixante-quatre suivront, montées au plus près des zones de combat, en Europe et dans le Pacifique. Elles sont tenues par cent quarante-huit employés civils à qui l’armée attribue un statut d’observateur technique, uniforme compris. Les soldats les surnommeront les colonels Coca-Cola ! Le personnel militaire en consommera plus de cinq milliards de bouteilles avant la fin de la guerre.
Comme toute décision publique, il y a eu des perdants. Pepsi-Cola n’a pas obtenu le même accès et a dû réduire sa production, pendant qu’un dirigeant de Coca-Cola siégeait au comité chargé du rationnement du sucre. Ce détail décrit le fonctionnement ordinaire d’une économie de guerre, et il indique surtout où se jouait la partie : dans une commission d’attribution, pas dans un rayon.
Qu’est-ce qu’un entrepreneur seul n’aurait pas pu faire ?
Un industriel privé, même immensément riche, ne peut pas acheter du sucre rationné. Il ne peut pas obtenir qu’un cargo militaire embarque ses caisses plutôt que des obus. Il ne peut pas installer une usine dans une zone de guerre, ni faire entrer ses employés civils sur une base sans statut militaire. Woodruff avait la volonté, l’argent et le produit. L’État seul pouvait donner le reste.
La boisson la plus vendue de l’histoire ne doit donc pas sa mondialisation à une campagne publicitaire, mais à une décision de logistique militaire et à une ligne dans un règlement sur le sucre.
Où veut-on en venir ?
Oui, nous sommes très loin du Discovery produit usuellement abordé dans les articles sur le product management, et cela souligne l’importance d’un travail souvent négligé dans la littérature produit : l’influence. Notre conviction, c’est premièrement qu’aucune entreprise n’a atteint le rang de leader mondial sans une enveloppe politique autour d’elle, et que ce qui change d’un pays à l’autre tient au canal emprunté, jamais à l’existence de l’enveloppe. Deuxièmement, que la règle l’emporte souvent sur le chèque, ce qui fausse la lecture des product managers et leurs équipes qui se focalisent sur l’optimisation de leurs usine logicielle (ce ne sont pas les équipes les plus performantes avec les produits les plus performants qui l’emportent, bien que l’efficience favorise la compétitivité, l’innovation et ainsi la différenciation. Mais c’est un autre débat…). Troisièmement, que cette enveloppe se retire parfois, et qu’il vaut mieux savoir à quoi s’attendre à ce moment là.
Voici la carte du terrain que nous utiliserons dans cet épisode :

La banane, ou vingt ans de négociations pour un fruit à un euro
Au début des années 1990, l’Europe s’apprête à ouvrir son marché unique. Jusque-là, chaque pays gérait ses bananes à sa façon. La France et le Royaume-Uni protégeaient les productions de leurs anciennes colonies et de leurs territoires, aux Antilles, en Afrique de l’Ouest, aux Caraïbes. L’Allemagne, qui n’avait aucune colonie productrice, importait librement les bananes les moins chères du monde : celles d’Amérique latine, cultivées à grande échelle et commercialisées par trois groupes américains.
Quel intérêt défendait chaque partie ? Les producteurs antillais et africains voulaient survivre, avec des coûts de production structurellement plus élevés que ceux des immenses plantations latino-américaines. Paris et Londres tenaient des engagements pris envers d’anciennes colonies dont ils restaient responsables. Les distributeurs allemands tenaient à leur banane bon marché. Carl Lindner, président et PDG de la multinationale bananière Chiquita Brands International, voulait l’Europe.
Lindner dirigeait Chiquita depuis la ville de Cincinnati. En 1984, il a racheté cette célèbre société (anciennement appelée United Fruit). Même s’il ne produit aucune banane aux États-Unis et n’y emploie aucun ouvrier agricole, il s’est imposé comme l’un des plus grands financeurs de la vie politique américaine en donnant d’énormes sommes d’argent aux deux principaux partis (Démocrates et Républicains).
En 1993, l’Union européenne tranche par une organisation commune de marché, autrement dit un jeu de règles unique pour tout le continent. L’instrument ne verse pas d’argent : il fixe un contingent, un volume autorisé à entrer à droit réduit, réservé en priorité aux producteurs d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Les autres paient plus cher.
Cela ne plait pas aux américains et Mickey Kantor, le représentant au commerce des États-Unis, ouvre une procédure de rétorsion le 17 octobre 1994 au bénéfice d’un produit qui n’est pas exporté depuis les États-Unis. Une première ! Cela a déclenché l’un des contentieux commerciaux les plus longs de l’histoire du système multilatéral, des condamnations répétées de l’Europe, et des sanctions douanières américaines frappant en retour des produits européens sans aucun rapport avec la banane.
Le 10 novembre 1998, l’administration américaine propose des droits de 100 % sur quarante-deux catégories de produits européens, applicables au 3 mars 1999 si l’Europe ne cède pas. Suit une campagne de couloir. Gillette plaide pour ses stylos, Mattel pour ses poupées, les fourreurs pour leurs manteaux, et deux semaines après l’audition tous sortent de la liste. Le 3 mars, Washington applique les droits sur 520 millions de dollars d’importations sans attendre la fin de l’arbitrage, ce qui lui vaudra d’être condamné à son tour. L’arbitrage ramènera ce montant à 191,4 millions, soit un peu plus du tiers. Le 19 avril, Charlene Barshefsky publie la liste définitive : neuf catégories seulement, le pecorino, les sacs à main, les cartes de vœux, les lustres et les pulls en cachemire.
En parallèle, Rick Reinert qui vend des bains moussants apriori loin de ce conflit, avait monté son affaire dans le garage familial de Summerville, en Caroline du Sud, avec sa femme rencontrée pendant son service militaire en Allemagne. Ses mousses aux herbes, lavande et romarin, font soixante pour cent de ses ventes. Elles viennent d’un fournisseur allemand. Sa facture de douane passe de 1 851 dollars à 37 783 sur le second semestre de l’année. Quand il appelle le bureau du représentant au commerce, on lui répond qu’on est surpris qu’il importe encore, et qu’il aurait dû se présenter à l’audition de Washington, comme Gillette et Mattel.
Le principe des représailles commerciales consiste précisément à faire mal à des exportateurs qui iront ensuite se plaindre à leur propre gouvernement. Reinert n’exporte rien. Il achète.
Les Pays-Bas et le Danemark, eux, sont exemptés, parce qu’ils n’avaient pas soutenu le régime bananier européen. Washington calibre donc sa sanction État membre par État membre, à l’intérieur de l’Union. Puis un accord signé à Genève avec onze pays d’Amérique latine fait passer le droit de douane européen de 176 à 114 euros la tonne, contre l’abandon des procédures.
Qu’est-ce qu’un entrepreneur seul n’aurait pas pu faire ?
Aucun planteur guadeloupéen, aussi bon soit-il, ne compense par sa productivité un écart de coût structurel face à une plantation de plusieurs milliers d’hectares. Aucun groupe américain, aussi puissant soit-il, ne fait tomber un contingent européen par sa seule force commerciale. Les deux camps ont donc fait la seule chose efficace : ils ont mobilisé un État. Pendant vingt ans, la part de marché de chacun s’est décidée dans des salles de négociation, très loin des rayons, et la facture a fini sur le bureau d’un homme qui vendait du bain moussant.
Éclat : le poulet et les pick-up
Au début des années 1960, la production industrielle de poulet américaine explose et inonde l’Europe. Les éleveurs européens protestent, plusieurs pays taxent le poulet importé.
Fin 1963, Lyndon Johnson riposte par un droit de douane de 25 % sur quatre produits européens choisis pour faire mal : la fécule de pomme de terre, la dextrine, le brandy et les véhicules utilitaires légers. Ce dernier y figure parce que les constructeurs américains et leur syndicat s’inquiétaient des fourgons allemands qui arrivaient sur leur marché.
Washington a laissé tomber les trois premiers droits. Le quatrième tient toujours, soixante ans plus tard. Le segment le plus rentable du marché automobile américain a vécu à l’abri : le Ford F-150 est le véhicule le plus vendu aux États-Unis depuis plus de cinquante ans.
Le format des voitures américaines, qui agit sur leur consommation, donc sur une part de la politique énergétique du pays, descend d’une querelle sur le poulet congelé.
Le tee-shirt, ou comment un quota a fabriqué une industrie nationale
Dans les années 1970, les industries textiles européennes et américaines perdent pied face aux producteurs asiatiques. Elles emploient beaucoup de monde dans des régions entières, et ce poids-là se convertit en poids politique. Les industriels du Nord réclamaient du temps. Leurs gouvernements voulaient éviter des fermetures en série tandis que les pays exportateurs d’alors (le Japon, la Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan) voulaient continuer de vendre.
De 1974 à 2004, l’accord multifibres autorise les pays importateurs à plafonner les exportations textiles des pays en développement. Un quota, ici, plafonne le nombre de vêtements qu’un pays donné a le droit d’expédier vers un autre. Le point capital tient dans un mot : le plafond vise des pays et non des entreprises, si bien qu’au moment précis où le reste du commerce mondial se libéralise, le textile passe sous contrôle qui donne un quota par pays exportateur (et non sur les importations totales). Les producteurs plafonnés font alors la seule chose rationnelle : ils vont produire là où il reste du quota disponible.
Daewoo, conglomérat coréen, cherche ce pays. Noorul Quader Ancien fonctionnaire et premier secrétaire du gouvernement provisoire coréen pendant la guerre de libération, quitte l’administration et cherche une industrie à monter dans un pays qui n’en a presque aucune : au Bangladesh. Quader signe la coentreprise avec Daewoo en 1978, et il obtient des Coréens la formation gratuite de ses encadrants Bangladais en Corée.
Le 2 octobre 1978, il fait paraître une demi-page dans un quotidien de Dhaka. Il y cherche cent trente personnes. L’annonce fait un attroupement à la cantine de l’université, où des étudiants recopient les modalités à la main. Des femmes partent avec eux, les premières Bangladaises envoyées se former à l’étranger.
Ils reviennent avec autre chose qu’un savoir-faire de couture : avec la logistique des expéditions, le carnet des acheteurs européens, les normes de qualité que ces acheteurs exigent, et le calendrier serré des saisons de vente. Cent quinze d’entre eux quitteront ensuite l’entreprise pour fonder la leur. Quinze restent. Yung Whee Rhee, économiste à la Banque mondiale, ira les interroger sur place et en tirera le récit de référence sur ce démarrage.
Le Bangladesh, absent de tout classement mondial de l’habillement au moment où Quader passe son annonce, finit par entrer dans les huit premiers exportateurs de la planète, avec des millions d’emplois et une transformation sociale que personne n’avait planifiée. Et le prix de votre tee-shirt.
Qu’est-ce qu’un entrepreneur seul n’aurait pas pu faire ?
Renversons la question, elle est plus intéressante dans ce sens : aucun investisseur au monde n’aurait choisi le Bangladesh en 1978. Pas d’électricité fiable, pas de port moderne, pas de main-d’œuvre formée, pas de tradition industrielle, un pays sorti d’une guerre sept ans plus tôt. Le seul avantage compétitif du pays, ce jour-là, tenait dans une ligne de règlement : il n’était pas sous quota. Rien d’autre. Une phrase écrite à Genève pour protéger les filatures européennes a fabriqué une industrie nationale à l’autre bout du monde.
Le diesel, ou l’État à la fois actionnaire, fiscaliste et régulateur
Deux chocs pétroliers, en 1973 puis en 1979, placent la France devant une facture d’importation qu’elle ne sait pas payer. Le gazole consomme moins au kilomètre que l’essence. Les transporteurs routiers roulent au gazole, et leur facture de carburant se retrouve dans le prix de tout ce qui circule dans le pays.
Les transporteurs réclamaient un carburant bon marché, et ils savaient bloquer un pays en trois jours. L’État cherchait à réduire sa consommation de pétrole et à contenir le prix du transport. Les constructeurs voulaient un marché. Renault, surtout, appartient alors entièrement à l’État, de 1945 à 1990, demeure société à capitaux publics jusqu’à la privatisation de 1996, et compte encore aujourd’hui l’État parmi ses actionnaires de référence, participation conservée pour obtenir des engagements d’implantation industrielle en France. L’État français n’arbitre pas ce marché depuis l’extérieur. Il y joue.
La décision et son instrument : pas de subvention, pas de commande. Un écart de fiscalité sur le carburant, tenu pendant des décennies, de l’ordre de 18 centimes par litre entre le gazole et l’essence, quand la moyenne européenne tourne autour de 12.
Le 17 décembre 2012, la Cour des comptes adresse aux ministères de l’Économie et de l’Écologie un référé sur les dépenses fiscales de l’énergie, qu’elle rendra public le 1er mars suivant, et où elle reproche à l’administration de ne même pas compter cet écart parmi ses dépenses fiscales. Delphine Batho répond en février. Elle écrit que le différentiel « résulte principalement du choix opéré par la France » et par d’autres pays européens après les deux chocs pétroliers, celui de privilégier une fiscalité favorable à la diésélisation du parc. Elle ajoute que cette politique visait au départ à réduire la consommation du transport routier pour desserrer la dépendance énergétique du pays. Un ministère reconnaît par écrit, devant le juge des comptes de son propre État, avoir fabriqué une préférence de consommation.
Christian de Perthuis reçoit le dossier dans la foulée. Il préside le comité pour la fiscalité écologique, qui juge le 18 avril 2013 l’écart injustifié au regard des coûts environnementaux des deux carburants.
Cela produit un avantage taillé pour les professionnels de la route qui déborde sur les particuliers, et qui font le calcul à la pompe. Mais cela permet aux constructeurs français d’engager un pari industriel considérable : ils investissent dans une technologie que le marché domestique réclame et que la fiscalité rend imbattable. Ils deviennent excellents en diesel, et le marché domestique ne leur demande bientôt plus grand-chose d’autre. Au début des années 2010, près de trois immatriculations neuves sur quatre sont des diesels.
Puis la facture arrive, et elle tient en trois pages. Taxer le gazole moins que l’essence a privé l’État de 6,9 milliards d’euros pour la seule année 2011, huit milliards avec les taux réduits accordés à la pêche et à l’agriculture, selon le chiffrage de la direction générale des douanes. La Cour évalue le coût sanitaire entre 20 et 30 milliards, soit trois à quatre fois la recette perdue. En juin 2012, l’Organisation mondiale de la santé classe les gaz d’échappement des moteurs diesel parmi les cancérogènes. Et l’appareil de raffinage français, calibré sur une autre époque, se retrouve désaccordé : le pays importe du gazole en exportant son essence.
Après 2015, la fiscalité converge, la réglementation se durcit, et les constructeurs français découvrent qu’ils se sont spécialisés sur exactement la technologie que la politique publique leur avait vendue.

Qu’est-ce qu’un entrepreneur seul n’aurait pas pu faire ?
Aucun constructeur ne peut creuser un écart de 18 centimes par litre à la pompe et le tenir trente ans. Ce levier déplace le comportement de millions d’acheteurs, et il n’appartient qu’à l’État. Les constructeurs n’ont pas créé la demande de diesel. Ils l’ont servie, très bien, jusqu’au jour où la main qui l’avait créée l’a retirée.
L’État tient ici trois rôles incompatibles à la fois : actionnaire d’un constructeur, percepteur de la taxe qui oriente le marché, et régulateur de la santé publique, qui devra un jour trancher contre les deux premiers.
Deux éclats de plus
En Inde, la règle des quatre mètres a également eu une grande influence. P. Chidambaram lit le point 137 de son discours budgétaire en 2006 : le droit d’accise, c’est-à-dire la taxe payée à la sortie de l’usine, tombe de 24 % à 16 %, mais seulement pour les véhicules de moins de 4 000 millimètres, cylindrée plafonnée. Le ministre indien des Finances annonce vouloir faire du pays un pôle mondial de la petite voiture.
Depuis, environ trois voitures vendues sur quatre en Inde mesurent moins de quatre mètres. Les constructeurs ont inventé deux catégories entières pour tenir dans la contrainte : la berline compacte, née d’un coffre raccourci, puis le SUV compact. Des modèles vendus dans le monde entier ne sont pas commercialisés en Inde pour quelques centimètres de trop.
Au Brésil, le carburant par décret est également un bon exemple. Décret du 14 novembre 1975, après le premier choc pétrolier. Trois leviers combinés : obligation d’incorporer de l’éthanol dans toute l’essence vendue, incitations fiscales à l’achat de véhicules à l’alcool, et obligation faite aux stations-service de le distribuer à un prix garanti très inférieur. En 1987, la chute du prix du pétrole et l’arrêt des aides cassent net la filière et installent la défiance des automobilistes. La relance viendra en 2003 avec les moteurs flex-fuel, qui laissent le conducteur arbitrer à la pompe.
Aujourd’hui, un constructeur étranger qui veut vendre au Brésil doit concevoir des moteurs compatibles avec la norme brésilienne. Le pays n’achète pas un produit, il impose sa spécification.
D’accord, mais ça reste marginal, non ?
Un travail du Center for Strategic and International Studies, financé par le département d’État américain, a chiffré ce que huit économies dépensent en politique industrielle, et il place la Chine, en 2019, à un peu moins de 2 % de sa richesse annuelle. La France, la Corée du Sud, le Japon, l’Allemagne, Taïwan, les États-Unis et le Brésil se situaient tous entre un tiers et deux tiers de point de pourcentage.

Cela donne trois lectures possibles, avec une préférence pour la troisième.
Premièrement, aucune de ces économies n’atteint zéro. Y compris celles qui se réclament le plus du marché.
Deuxièmement, le canal varie, l’existence de l’intervention non. Recherche et fiscalité pour la France, la Corée et les États-Unis. Fonds d’État pour la Chine. Banques publiques pour le Brésil, l’Allemagne et le Japon. Un pays sans plan fait sa politique industrielle par le crédit d’impôt et par la banque publique. L’Allemagne, qui se refuse à planifier, la fait passer par la KfW, sa banque publique de développement : ce qu’un plan inscrirait dans un document, elle le décide dossier de prêt par dossier de prêt.
Troisièmement, ces chiffres forment un plancher, et les auteurs le disent eux-mêmes. Leur méthode exclut la commande publique faute de données comparables, en précisant qu’il s’agit probablement du levier le plus important qu’ils ne parviennent pas à mesurer, et elle laisse également de côté l’infrastructure, l’éducation et l’agriculture. Autrement dit, tout ce que nous venons de voir, quotas, contingents, droits de représailles, écarts de fiscalité sur le carburant, se situe hors du compteur.
Reste l’objection idéologique, celle qui voudrait que l’intervention soit une lubie de certains pays. Trois figures suffisent à la refermer. Ronald Reagan a protégé l’acier, l’automobile et la moto de la concurrence à l’importation, tonne par tonne et usine par usine. Augusto Pinochet a subventionné la filière forestière chilienne et poussé ses exportations. Margaret Thatcher a courtisé les constructeurs automobiles japonais et accompagné financièrement leurs implantations britanniques. Aucun des trois ne se réclamait de l’État stratège.
La formule juste ne dit donc pas que tous les États planifient des champions. Certains le font explicitement, d’autres pas du tout. Ricardo Hausmann et Dani Rodrik la formulent autrement : les gouvernements se trouvent condamnés à choisir. Construire un port plutôt qu’une route, financer une filière de formation plutôt qu’une autre, avantage mécaniquement certains producteurs. L’option neutre n’existe pas.
Tout responsable produit reconnaîtra l’exercice. Un budget fini, une file de demandes qui ne l’est pas, et la découverte que prioriser consiste surtout à dire non à des gens qui avaient raison de demander. Un État arbitre entre un port et une route comme on arbitre entre deux fonctionnalités, en sachant que chaque refus fabrique un perdant identifiable. Un État qui jure ne pas faire de politique industrielle ressemble alors à un responsable produit qui jure n’avoir pas de feuille de route : il livre quand même quelque chose, et ce quelque chose a été choisi.
Reste une question que ces trois lectures laissent ouverte. Si chaque État avantage mécaniquement ses producteurs, et si aucun ne peut s’en abstenir, pourquoi le commerce mondial ne s’effondre-t-il pas en surenchère générale ? Parce que les États négocient entre eux ce qu’ils s’autorisent les uns contre les autres. Des quotas plafonnés par accord, des droits de rétorsion autorisés plutôt que pris, des différends arbitrés à Genève.
Sauf que ces négociations ne suspendent pas la politique industrielle. Elles la continuent avec d’autres moyens. L’accord multifibres était un accord, et il servait à restreindre. Le règlement de la banane a demandé vingt ans, et sa facture est tombée sur un fabricant de bains moussants de Caroline du Sud qui n’exportait rien. Le droit de 25 % de 1963 était une mesure de rétorsion négociée, et il protège encore aujourd’hui le segment le plus rentable du marché automobile américain. Un ordre négocié ne supprime pas l’avantage, il le déplace vers ceux qui savent négocier, et la facture tombe sur ceux qui n’étaient pas dans la salle.
Le moment où l’on teste sa propre thèse
Voici l’objection qui devrait vous venir, et je préfère la porter moi-même plutôt que de vous la laisser. Qu’une entreprise ait été aidée ne prouve pas que l’aide explique son succès. Peut-être aurait-elle réussi sans. Peut-être l’aide est-elle même arrivée parce qu’elle réussissait déjà.
L’objection porte plus loin qu’il n’y paraît. Réka Juhász, Nathan Lane et Dani Rodrik l’ont posée en 2024 dans une revue de la littérature, c’est-à-dire un état des lieux de tout ce que la recherche a publié sur la politique industrielle. Leur raisonnement passe par deux mondes imaginaires, construits pour être aussi éloignés l’un de l’autre que possible. Dans le premier, un État capturé par des intérêts privés arrose ses amis sans regarder si cela fonctionne, et ses amis sont les industries installées, donc anciennes, donc déclinantes. Dans le second, un État irréprochable cible les défaillances de marché, c’est-à-dire précisément les activités que les investisseurs privés refusent de financer, donc les plus fragiles. Le corrompu et le vertueux versent au même endroit, pour des raisons opposées.
Envoyons un chercheur dans chacun de ces deux mondes. Il range les entreprises selon les aides publiques reçues, met en face ce que l’on sait mesurer, la marge, le chiffre d’affaires produit par salarié, la croissance des effectifs, et rapporte la même chose des deux côtés : les entreprises du haut de son classement dégagent moins de marge, produisent moins par salarié et embauchent moins vite que celles du bas. Le pire et le meilleur des gouvernements laissent la même trace statistique.
Ce résultat ne dit pas que l’argent public abîme les entreprises. Il ne dit pas davantage que les États n’aident que des canards boiteux, ce que tout ce qui précède démentirait. Il dit qu’une comparaison précise ne prouve rien, celle qui classe les entreprises d’une économie entière selon l’argent reçu et regarde ensuite ce qu’elles valent. Personne ne peut donc conclure de la seule présence d’une aide à son efficacité. Ni les partisans, ni les adversaires, ni cet article.
Ce n’est d’ailleurs pas la comparaison que font ces pages. Coca-Cola ne s’y lit pas contre l’ensemble des entreprises américaines, mais contre Pepsi, qui vendait le même produit au même moment et n’a pas obtenu le même sucre. Le gazole ne s’y lit pas contre l’économie française, mais contre l’essence, taxée dix-huit centimes de plus à la même pompe. L’empreinte se voit dans ces cas parce qu’il existe un terme de comparaison auquel la règle ne s’appliquait pas. Reste à savoir si ce terme tient…
Napoléon ferme le continent aux marchandises britanniques en 1806, et livre sans le vouloir la plus élégante de ces expériences. À cette date, l’industrie textile anglaise écrase une concurrence française qui file encore le coton à la main. Le blocus ne protège pas toutes les régions françaises de la même façon, puisque la géographie et la contrebande en coupent certaines bien plus que d’autres des produits anglais, et les mieux protégées investissent alors dans les métiers mécaniques, apprennent à s’en servir et forment des ouvriers. Le blocus tombe. Elles gardent l’avance pendant des décennies. La protection n’a pas créé l’industrie. Elle a acheté le temps d’apprendre.
D’autres cas ont été étudiés avec la même rigueur, de la poussée coréenne sur l’industrie lourde de 1973, que personne ne voulait financer à l’époque, jusqu’aux aides régionales britanniques et italiennes, avec des régimes politiques incomparables et des instruments différents. Les effets vont dans le même sens. Ils durent des décennies.
Maintenant l’objection inverse. Alberto Mingardi reproche à ce genre de démonstration de confondre une retombée avec une intention. Son exemple vise l’écran tactile. Wayne Westerman, doctorant à l’université du Delaware, soutient une thèse financée en partie par une bourse de la National Science Foundation, comme deux mille autres chaque année, puis fonde l’entreprise dont la technologie équipera les téléphones. Faut-il en conclure que l’écran tactile est un produit de la politique industrielle ?
Mingardi répond non. L’argent public a précédé. Il n’a pas visé. Écrire ce que la DARPA cherchait à obtenir en finançant ces travaux reviendrait à commettre exactement le reproche qu’il adresse aux autres.
Sa critique tient, et elle ne déplace pas la thèse de cet article : celle-ci ne porte pas sur l’intention de l’État, elle porte sur la dépendance de l’entreprise. Que l’argent public ait visé autre chose ne rend pas l’entreprise moins dépendante de lui. C’est dans ce type de réflexion qu’on se rend compte que les mots ont leur importance car ils guident des actions et des conséquences.
Il faut d’ailleurs enfoncer le clou dans l’autre sens : l’argent public ne suffit pas. Le Plan Calcul français, lancé en 1966 pour créer un champion national de l’informatique, a actionné tous les leviers à la fois, fusion d’entreprises, institut de recherche public, commande d’État et alliance européenne, sans qu’aucun de ces leviers ne suffise. Il s’est arrêté en 1975, quand la France s’est retirée du consortium européen Unidata et a fusionné la CII avec Honeywell-Bull. L’arrêt vient d’une décision de politique industrielle, pas d’un dépôt de bilan, ce qui est une autre façon de dire que l’inconstance publique tue plus sûrement que l’absence d’argent.
Et le même ministère américain de l’Énergie a garanti 535 millions de dollars à Solyndra, qui a fait faillite en 2011, et prêté 465 millions à Tesla en 2010, à peu près la même somme, remboursés neuf ans avant l’échéance. Deux guichets du même ministère. Deux issues opposées. D’où la formule qui vaut mieux que tous les débats sur la capacité des États à choisir les gagnants : le test ne porte pas sur le choix des gagnants. Il porte sur la capacité à laisser partir les perdants.
Funchal, février 1987, ou pourquoi la règle bat le chèque
Au milieu des années 1980, chaque pays européen développe son propre système de téléphone mobile, incompatible avec celui du voisin. Un téléphone français ne fonctionne pas en Allemagne. Les marchés nationaux restent trop petits pour faire baisser les coûts par le volume, et les industriels américains comme les japonais attendent l’occasion de vendre leur propre système à un continent qui n’aura pas su s’entendre (oui, l’histoire se répète en Europe… mais on comprend qu’il est difficile pour les Etats de choisir leurs perdants comme expliqué plus haut).
Les administrations des télécommunications, qui étaient alors des monopoles publics, voulaient un système commun pour créer un marché à l’échelle du continent. Les industriels voulaient que la norme retenue soit celle sur laquelle ils avaient déjà investi, ce qui est parfaitement rationnel et parfaitement incompatible avec l’intérêt collectif. Les gouvernements français et allemand, eux, voulaient protéger leur champion industriel commun.
Du 16 au 20 février 1987, à Funchal, sur l’île de Madère, le groupe de travail européen chargé de la future norme doit trancher entre deux solutions techniques. La délégation française a reçu ses instructions quelques jours plus tôt, confirmées par le directeur général des Télécommunications : elle doit défendre la solution à large bande d’Alcatel et de SEL. L’Allemagne défend la même. En face, les Nordiques poussent une solution à bande étroite. Le président du groupe, l’ingénieur suédois Thomas Haug, soumet la question au vote.
Le décompte est écrasant : treize délégations sur quinze préfèrent la solution à bande étroite. La France et l’Allemagne sont les seules à défendre celle de leurs industriels. Comme la CEPT statue à l’unanimité, ces deux voix suffisent à tenir les treize autres en échec, et elles s’en servent. Les discussions durent jusqu’au petit matin, et des délégués affamés dévalisent le réfrigérateur du centre de conférences après minuit, où ils ne trouvent que des boîtes de sardines, qui disparaissent toutes. Haug dira plus tard que cette réunion ne ressemblait à aucune autre, parce que l’élément politique y était très fort, un domaine où les ingénieurs n’avaient aucun pouvoir.
L’impasse sera contournée par le chef de la délégation française lui-même, Philippe Dupuis, qui laisse les travaux techniques se poursuivre pendant que le compromis politique se construit ailleurs. Ce compromis mettra les fabricants européens à égalité. Le 7 septembre 1987, quinze opérateurs de treize pays signent à Copenhague un engagement à ouvrir commercialement un service fondé sur la norme commune avant 1991. Douze pays signent ce jour-là. L’Espagne suit trois jours après. La même année, une directive européenne oblige les États membres à réserver deux bandes de fréquences autour de 900 mégahertz à ce système.
Cherchez la subvention dans ce texte… il n’y en a pas ! Une bande réservée, une spécification commune, un calendrier.
Ce que ça a produit ? Le 1er juillet 1991, à la date fixée par la Commission européenne et non par les ingénieurs, deux opérateurs seulement sont prêts. La Finlande organise ce jour-là une inauguration devant la presse pour passer le premier appel commercial du monde sur la nouvelle norme. Harri Holkeri, qui a quitté ses fonctions de Premier ministre deux mois plus tôt, compose depuis Helsinki le numéro de Kaarina Suonio, adjointe au maire de Tampere, sur le réseau de l’opérateur Radiolinja construit par Telenokia et Siemens. Ça marche, la conversation dure un peu plus de trois minutes. Le second appel prévu au directeur municipal de Turku ne passe pas. Le réseau qui allait équiper la planète tenait ce matin-là à un appel sur deux.
Les gagnants portent des noms, et ce ne sont pas ceux que la France et l’Allemagne défendaient à Funchal. Nokia, dont Telenokia est alors la branche réseau, deviendra le premier vendeur de téléphones au monde, et une génération entière jouera au Serpent sous son bureau pendant les cours. La même génération qui racontera plus tard la légende du 3310 qui fut capable de survivre à la chute d’un immeuble, au lave-linge et au passage d’une voiture. Ericsson, suédois, deviendra le premier fournisseur d’équipements de réseau (celui qu’on ne voit jamais et sans lequel rien ne sonne). La France a eu ses téléphones elle aussi, et vous en avez peut-être tenu un : Sagem en a vendu par millions, Alcatel également, cette même Alcatel pour laquelle Paris avait mis son veto sur l’île de Madère. Les deux ont quitté nos poches, la marque Alcatel partie à un groupe chinois, Sagem sortie du métier. Quant au téléphone français qui ne fonctionnait pas en Allemagne, il a disparu de nos vies au point que plus personne ne se souvient qu’il a existé.
Qu’est-ce qu’un entrepreneur seul n’aurait pas pu faire ?
Aucun fabricant ne peut réserver une bande de fréquences radio, parce que le spectre appartient aux États. Aucun fabricant ne peut obliger douze pays à ouvrir un service le même jour. Et surtout, aucun fabricant ne peut changer la règle de décision de la salle. Reste à savoir qui a gagné quoi, et il faut distinguer trois choses. La technique retenue est celle que poussaient les Nordiques, et ce sont leurs fournisseurs, Nokia et Ericsson, qui en ont profité. Le marché, lui, n’appartient à personne : il naît d’une bande de fréquences réservée par directive, d’un calendrier signé à Copenhague et d’une spécification écrite en commun, trois choses qu’aucun industriel ne pouvait produire. Quant à la France et à l’Allemagne, seules à défendre leurs champions, elles avaient le pouvoir de tout arrêter et s’en sont servies : elles ont obtenu tout ce qu’elles demandaient sur la procédure, et rien de ce qu’elles voulaient sur le fond. Le succès du GSM ne vient donc pas de ce qu’un État a soutenu son champion. Deux l’ont fait, un droit de veto en main, et ils ont perdu. Il vient de ce que treize autres ont accepté une norme qu’aucun d’eux ne contrôlait.
Regardez maintenant ce que chacun a mis dans la balance. La CEPT associait dix-neuf pays, et quinze délégations siégeaient à Funchal. Aucun de ces marchés nationaux n’était assez grand pour amortir seul un système de téléphonie, et c’est le constat qui ouvre cette section. Le résultat de l’arbitrage se mesure treize ans plus tard : en 2000, l’Europe compte 56,9 téléphones mobiles pour cent habitants contre 37,9 en Amérique du Nord, et en 2007 la norme sortie de cette salle représente 80 % du marché mondial. Un fabricant nordique aurait vendu sur son marché national. Il a vendu sur le monde. La question posée ce jour-là ne portait donc pas sur la fierté nationale. Elle portait sur le nombre de clients derrière la porte, et elle se repose à chaque dossier européen depuis.
Notez au passage la leçon opérationnelle, parce qu’elle vaut aujourd’hui. En Europe, la loi fixe des exigences générales, puis des organismes de normalisation écrivent la spécification technique correspondante, et une fois cette spécification citée au Journal officiel, les produits conformes bénéficient d’une présomption de conformité. Autrement dit, le document qui vaut passeport de marché est rédigé dans un comité technique où l’on siège, ou pas. Celui qui y siège écrit le marché, des années avant que la règle ne s’applique. Ce n’est pas un sujet de conformité, c’est une décision de stratégie produit. Et pour qui n’a pas de siège dans ce comité, il reste une manœuvre : publier son implémentation, gratuitement, et laisser le comité constater qu’elle est déjà partout.
Prenons maintenant deux illustrations rapides de ce que coûte une règle par rapport à un chèque (par rapport à une subvention par exemple). Elles valent surtout pour ce qu’elles suggèrent : compter les normes ne dit rien de ce qu’elles font. Une règle qui ne coûte pas un euro au budget peut valoir mieux qu’une subvention à celui qu’elle protège, et plus cher qu’un impôt à celui qu’elle exclut. C’est la même règle, et la seule question utile est de savoir de quel côté on se trouve. D’abord, le connecteur de votre téléphone. Le 4 octobre 2022, le Parlement européen adopte par 602 voix contre 13, et 8 abstentions, la directive qui impose un port USB-C sur les appareils électroniques portables vendus neufs dans l’Union à partir de la fin 2024. Apple, qui avait exprimé ses réserves pendant l’élaboration du texte, est passé à l’USB-C dès l’iPhone 15, en anticipation. Elle a changé la forme physique du produit le plus rentable de l’électronique grand public.
Regardons maintenant la batterie de votre future voiture électrique. En 2016, la Chine réserve ses subventions à l’achat aux véhicules équipés de batteries figurant sur une liste blanche de fournisseurs nationaux. Les fabricants japonais et coréens se retrouvent exclus du marché subventionné, le temps que les producteurs chinois apprennent. Pékin a fabriqué ainsi le premier producteur mondial de batteries.
Un dernier exemple, plus proche, et je vous dois ici une précision personnelle. En France, une circulaire de 2021 puis un article de loi de 2024 imposent le recours à un hébergeur qualifié SecNumCloud pour certaines données publiques sensibles. Une qualification technique referme un marché. Sans qu’un euro de subvention soit versé. Je travaille comme responsable produit chez un opérateur français de cloud souverain concerné par cette qualification. Vous êtes en droit de lire ce paragraphe en le sachant, et c’est pour cela que je l’écris ici plutôt qu’en note de bas de page.
Reste un chiffre, et il déroute. Les travaux de l’économiste Tim Bartik estiment le coût d’un emploi créé entre 78 000 et 155 000 dollars quand on passe par la formation sur mesure et les services aux entreprises, contre environ 436 000 dollars quand on passe par les incitations fiscales. Or, sur les cinquante milliards de dollars que les États et les collectivités américaines consacrent chaque année au développement économique, quarante-sept vont aux incitations fiscales et trois aux services aux entreprises et à la formation sur mesure.
Un ministre coupe un ruban devant une usine. Personne ne coupe de ruban devant une session de formation. Cette différence suffit à expliquer le reste : l’argent va quinze fois plus vers l’instrument qui coûte le plus cher par emploi créé, parce que c’est le seul des deux qui se photographie.

Les deux chiffres viennent du même auteur, de la même méthode et du même millésime. Les mélanger avec ceux d’une autre année fabriquerait un rapport qui n’existe nulle part.
Ce qui se passe quand l’État s’en va
Si la présence publique compte, son retrait devrait compter aussi. Nous avons eu droit à trois tests grandeur nature qui ne révèlent pas les mêmes conséquences. Il est intéressant de les analyser.
Premier test, les enchères de l’an 2000. Treize ans après avoir créé le marché du mobile en réservant une bande de fréquences, les mêmes États européens se retournent vers la même industrie, non plus pour lui ouvrir un marché, mais pour lui prendre de l’argent. Le 18 août 2000, l’enchère allemande des licences de troisième génération se clôt à un peu plus de 99 milliards de marks, environ 50 milliards d’euros, et le ministre des Finances salue publiquement une recette inattendue pour rembourser la dette publique. Au Royaume-Uni, les licences étaient parties quatre mois plus tôt pour 22,5 milliards de livres. Le tableau des attributions publié par l’OCDE permet de faire le total : additionnées, les licences de troisième génération vendues dans ses pays membres rapportent de l’ordre de 110 milliards de dollars, dont 51 pour la seule Allemagne et 35 pour le Royaume-Uni.
La suite s’enchaîne toute seule. Un opérateur allemand restitue une licence payée 8,4 milliards d’euros, un opérateur français épongera 7,1 milliards de dettes liées à cette acquisition, et les investissements de déploiement reculent de plusieurs années, au moment précis où se joue la génération suivante. C’est donc un lourd poids qui est placé sur les opérateurs et leur capacité d’investissement.
L’Europe a dominé la deuxième génération de téléphonie mobile. Elle n’a plus jamais dominé aucune des suivantes. Mêmes États, même industrie, décision inverse, résultat inverse.

Deuxième test avec le solaire allemand. Il faut le lire deux fois, parce qu’il raconte deux choses différentes. L’Allemagne a créé la demande mondiale de panneaux solaires par ses tarifs de rachat garantis, un dispositif qui assure au producteur d’électricité un prix fixe pendant vingt ans, payé par le consommateur sur sa facture. Cet argent a acheté des panneaux. En 2011, la Chine en a exporté pour vingt et un milliards d’euros vers l’Union européenne. Sur le marché européen, la part des modules chinois est passée de 63 % en 2009 à 80 % en 2011, pendant que leur prix moyen à l’importation tombait de 2 100 à 764 euros le kilowatt. Quatre fois plus de volume au tiers du prix : voilà ce que la facture d’électricité allemande a financé.
Cette première lecture ne dépend d’aucune causalité contestée. Elle décrit un virement. Le contribuable allemand a payé. Les leaders sont nés ailleurs. Retenez cette phrase plus que les autres : derrière chaque leader il y a un État, mais pas toujours le sien.
La seconde lecture tient de l’autopsie, et elle se dispute davantage. Q-Cells, numéro un mondial de la cellule photovoltaïque en 2007, dépose son bilan le 3 avril 2012. SolarWorld, le dernier grand fabricant allemand, suit en mai 2017. Quatre facteurs potentiels sont invoqués par les analystes : la baisse des tarifs de rachat allemands, la concurrence chinoise elle-même soutenue par ses provinces, une capacité de production allemande proche du double de la demande, et la crise des dettes souveraines. Le premier facteur relève d’une décision de retrait de l’État allemand, ce qui rend le cas moins simple qu’il n’en a l’air. Entre les deux faillites, SolarWorld a fait ce que ce texte décrit depuis le début : le 24 juillet 2012, l’entreprise dépose plainte à Bruxelles pour dumping. Elle obtient en juin 2013 des droits de 47,6 à 67,9 %, puis un prix minimum garanti. Elle a demandé à la puissance publique de fermer le marché, elle l’a obtenu, et elle est morte quand même. Est-ce à cause du délai de la procédure ?
Troisième test, et il va dans l’autre sens. Le ministère japonais de l’Industrie a jugé lui-même que la plupart de ses projets de recherche des années 1980 et 1990 n’avaient pas produit de résultats substantiels. Les entreprises japonaises avaient acquis leurs propres capacités techniques, si bien que le rôle du gouvernement dans leur compétitivité était devenu marginal. L’argent public n’a pas cessé de fonctionner par erreur de dosage. Il a cessé de servir le jour où l’industrie n’en avait plus besoin. En conséquence, en 2000, le ministère réorganise ses projets autour de besoins sociaux plutôt que de technologies choisies à l’avance, et il assortit son programme de santé d’une réforme réglementaire du secteur. Il a changé d’instrument, pas de métier : il est passé du financement à la règle. Le cas japonais ne montre donc pas qu’une industrie finit par se passer de l’État. Il montre qu’une forme de soutien a une date de péremption, et que l’État en change de guichet plutôt que de partir.
Ainsi, un État qui se retire ne tue pas mécaniquement ses entreprises. Il leur retire une option et transfère le risque sur leur bilan. Parfois elles encaissent. Parfois elles disparaissent. Mais jamais il ne se passe rien.
Et les entreprises qui ne doivent rien à personne ?
Les champions d’aujourd’hui, ceux qui ont bâti des empires en vingt ans, ne devraient rien à personne. Prenons le cas le plus favorable à cette thèse, Nvidia. Aucun capital public, aucune commande fondatrice, aucun chèque de lancement. Jensen Huang fonde l’entreprise en 1993, et elle manque de mourir avant d’avoir cinq ans. Son premier circuit, sorti en 1995, misait sur une méthode de rendu que Microsoft a écartée en imposant la sienne avec DirectX. L’entreprise s’est retrouvée si près de la fermeture qu’elle en a gardé une devise officieuse : nous sommes à trente jours du dépôt de bilan. Ce qui la sauve n’est aucun programme public. C’est Sega, un fabricant japonais de consoles, qui investit cinq millions de dollars, après que Huang eut fait le voyage de Tokyo pour lui annoncer en personne que cet argent serait probablement perdu. La puce suivante se vend à un million d’exemplaires en quatre mois, et Nvidia entre en Bourse en 1999.
Ian Buck prépare sa thèse à Stanford au début des années 2000. Il branche trente-deux cartes graphiques ensemble, d’abord pour pousser Quake et Doom au-delà de ce que la machine sait faire, puis pour répondre à une question qui n’a plus rien à voir avec le jeu : ces puces conçues pour peindre des pixels savent-elles calculer autre chose ?
Buck développe Brook, un langage qui traite la carte graphique comme un calculateur généraliste. Son laboratoire liste ses financeurs sur sa propre page : IBM, Sony, ATI, Nvidia, la DARPA et le département de l’Énergie. Deux de ces financeurs relèvent de l’État fédéral. L’objection de Mingardi s’applique ici sans rabais : personne, à la DARPA, n’a voulu CUDA. Nvidia le recrute en 2004. Avec John Nickolls, il transforme Brook en CUDA, le logiciel qui rendra les cartes de l’entreprise irremplaçables vingt ans plus tard.
Bill Dally est allé raconter cette histoire au National Science Board le 23 juillet 2025. Le directeur scientifique de Nvidia y a projeté une frise dont le titre annonce la coopération entre le gouvernement, l’université et l’industrie dans l’histoire de Nvidia, et qui part d’une machine parallèle financée par la DARPA en 1983, passe par le calcul en flux de 1997 et par Brook, et arrive à CUDA en 2006. La chaîne qu’il dessine tient en cinq boîtes : financement public, recherche universitaire, gens formés, technologie, grandes entreprises.
Cette chaîne aboutit chez Nvidia en 2004, cinq ans après l’entrée en Bourse. L’État n’a donc rien redressé : il a fourni un matériau à une entreprise qui allait déjà bien.
L’entreprise ne doit donc rien à personne, sauf le sol sur lequel elle est bâtie. Nvidia ne possède pas d’usine. Elle dessine des puces et les fait fabriquer ailleurs, et ce métier-là n’existait pas avant que des États ne le fabriquent. La DARPA finance à partir de 1978 les travaux qui font de la conception de circuits une discipline enseignable, puis en 1981 un service appelé MOSIS, qui regroupe les dessins de plusieurs équipes sur une même galette de silicium. Jennifer Kuan et Joel West en ont retracé la suite dans Research Policy : MOSIS pose l’interface normalisée entre conception et fabrication dont les entreprises sans usine (fabless) se serviront pendant quarante ans. À partir de 1985, la National Science Foundation en ouvre l’accès aux étudiants de tout établissement américain accrédité, et plus de cinquante mille d’entre eux passent par ces cours entre 1990 et 2000 avant d’aller travailler dans ces entreprises ou les fonder. Dès 1994, les clients commerciaux représentent la majorité des dessins fabriqués. L’argent public se retire alors, et en 1998 MOSIS ne reçoit plus un dollar de l’État.
L’usine, elle, a été payée par un autre contribuable, et l’idée lui est venue du premier. Carver Mead, le professeur que la marine américaine finançait depuis 1960, réclamait depuis le milieu des années 1970 des usines qui accepteraient de fabriquer les dessins des autres. L’industrie américaine n’en a pas voulu. La revue professionnelle qui lui remet son prix en 1981 décrit le rejet par la plupart d’un secteur sceptique. Mead raconte qu’Andy Grove, alors patron d’Intel, l’a même accusé de saper la position d’Intel dans l’industrie.
Le refus n’était pas qu’une affaire d’orgueil. Il n’existait presque aucune entreprise sans usine, donc aucune clientèle pour une usine qui ne ferait que fabriquer, et aucun industriel privé n’allait construire pour des clients qui n’existaient pas encore. C’est un État qui a pris ce pari. Mead est allé exposer sa vision d’une industrie coupée en deux à l’Institut de recherche technologique industrielle de Taïwan, lors d’une réunion organisée par l’une de ses étudiantes. TSMC est fondée quelques années plus tard, en 1987, comme coentreprise entre le gouvernement taïwanais, premier actionnaire, et Philips. Taïwan avait l’argent et la volonté, pas le savoir-faire : le groupe d’électronique néerlandais apporte des capitaux, mais surtout sa technologie de production et les licences qui vont avec. Morris Chang, l’ingénieur que Taïwan est allé chercher pour bâtir cette industrie, avait d’abord frappé chez Intel et chez Texas Instruments, qui ont refusé. Il installe à TSMC ce qu’on appelle une fonderie : une usine qui fabrique les puces dessinées par d’autres et n’en dessine aucune elle-même. Un fabricant qui conçoit aussi ses propres puces est un rival pour celui qui lui confie ses plans. Celui-ci ne conçoit rien, on peut donc lui remettre les siens sans crainte, et il n’est plus nécessaire de posséder une usine pour vendre un circuit. Nvidia devient son client en 1995.

Nvidia est fondée six ans après TSMC, douze ans après MOSIS. Ni la méthode de conception ni l’usine ne seraient là sans deux décisions publiques. Derrière ce leader-là il y a deux États, et l’un des deux n’est pas le sien.

Sur son exercice clos en janvier 2025, Nvidia vend pour environ 17 milliards de dollars en Chine, soit 13 % de son chiffre d’affaires. Puis deux gouvernements prennent la main sur ce marché, chacun à son tour.
Washington commence. Le 9 avril 2025, l’administration américaine exige une licence pour exporter la puce que Nvidia avait conçue spécialement pour la Chine : quatre milliards et demi de dollars perdus dans la journée. En août 2025, elle rend les licences, mais contre 15 % des revenus réalisés en Chine, versés au gouvernement américain. Le 8 décembre, elle autorise une puce plus puissante, contre 25 % cette fois.
Pékin réplique. Le 14 janvier 2026, les douanes chinoises bloquent à l’entrée les processeurs que Washington vient d’autoriser, pendant que le pouvoir chinois dissuade ses propres entreprises d’en acheter. Il faut attendre la mi-mars pour que la Chine en autorise la vente, et seulement à des clients choisis.
Quand on observe tout cela, demander si telle entreprise a été aidée ne mène nulle part, parce que la réponse est presque toujours oui dès qu’on regarde assez de canaux. Deux questions apprennent quelque chose : par quels canaux l’entreprise a-t-elle été aidée, et à quel point.
Pour chaque canal, je me suis posé la question : si l’État n’agissait pas par ce canal, qu’est-ce que ça changerait pour l’entreprise ? S’il n’agit pas de base, alors la question ne se pose pas et je mets une note de zéro. En revanche, s’il agit, mais que l’entreprise n’en ressent aucune différence par rapport à une non action de l’état, j’attribue un point. S’il agit et qu’il y a une correlation entre les résultats de l’entreprise et l’action de l’Etat, alors jackpot : deux points ! Donc cela fait six canaux, douze points au plus.
Faisons l’exercice devant vous, sur Nvidia, puisque c’est le cas le plus difficile. Capital public : zéro, aucun euro public n’est jamais entré à son capital. Débouché public : un, l’État lui achète des cartes, jamais assez pour décider de son sort. Argent public ciblé : un, elle bénéficie des dispositifs fiscaux généraux de recherche, dont profitent aussi ses concurrents. Norme-passeport : zéro, aucune spécification obligatoire ne conditionne ses ventes. Norme-barrière : deux, des contrôles à l’exportation décident aujourd’hui de qui a le droit de lui acheter quoi, et elle n’y peut rien. Amont : deux, sa brique logicielle vient de recherches financées sur fonds publics, et c’est son propre directeur scientifique qui l’a exposé au National Science Board.
Six sur douze. Le total seul ne vaut pas grand-chose, faute d’autres entreprises notées avec la même règle. La répartition, elle, parle : les trois canaux qui coûtent de l’argent public totalisent deux points, les trois qui n’en coûtent presque aucun en totalisent quatre. Pour l’entreprise la plus auto-construite du monde.

Faites l’exercice sur la vôtre avant de le faire sur les autres, c’est plus instructif. Et cherchez celle qui marque zéro. Je n’en ai pas trouvé.
Un mot enfin sur ce qui a changé récemment, parce que cela déplace votre risque. Jusqu’en 2018, ce qui déclenchait une décision publique, c’était la balance commerciale, l’emploi, parfois l’environnement. Depuis, c’est la rivalité entre puissances. Le Japon a débloqué l’équivalent de plus de deux milliards de dollars en 2020 pour aider ses entreprises à rapatrier des productions installées en Chine. Le plan quinquennal chinois a troqué sa cible de croissance contre un objectif d’autosuffisance technologique. L’État français est entré au capital d’un opérateur de satellites et a repris une division de calcul intensif.
Concrètement, la survie commerciale d’une gamme de produits peut désormais dépendre de la relation entre deux capitales, sur un horizon de quelques semaines. Ce paramètre n’existait pas dans les plans produit d’il y a dix ans.
Ce que cet article ne dit pas
Attention à ne pas mal interpréter mon propos : l’article ne dit pas que la politique fait tout, et il serait malhonnête de laisser cette impression.
À l’intérieur de l’enveloppe, l’exécution décide encore de tout. La règle des quatre mètres s’appliquait à tous les constructeurs présents en Inde : certains en ont tiré deux catégories de produits, d’autres ont raccourci des coffres sans convaincre personne. La bande des 900 mégahertz s’ouvrait à tous les équipementiers européens : deux d’entre eux ont pris la tête du marché mondial, les autres non. Les quotas textiles ne désignaient pas le Bangladesh, ils désignaient seulement des pays plafonnés, et il a fallu que quelqu’un, là-bas, aille chercher une formation en Corée.
L’enveloppe distribue les cartes. Elle ne joue pas la partie. La partie se joue sur une table dont quelqu’un d’autre a fixé les dimensions, et l’ignorer coûte cher. On peut trouver la valeur, la délivrer, exécuter parfaitement, et perdre parce qu’une bande de fréquences est allée ailleurs, parce qu’une liste d’agrément vous a exclu, ou parce qu’un quota écrit dans une autre décennie a déplacé la production dans un autre pays.
Alors voici la question à ajouter à l’ordre du jour de votre prochain comité produit, juste après celle du client : quelle décision publique ouvre ou ferme mon marché, à quel horizon, et qui tient le stylo ?
Cette dernière question ouvre le volet suivant. Parce qu’à Funchal, en février 1987, la délégation française ne défendait pas une idée née dans un ministère. Elle défendait une position soufflée par un industriel, qui avait su convaincre deux gouvernements avant même que la réunion ne commence.
La personne qui signe la décision n’est presque jamais celle qui l’a écrite.
Ce sur quoi cet article s’appuie
Le câble de juin 1943
- The Coca-Cola Company, « The Chronicle of Coca-Cola: A Symbol of Friendship », pour le câble daté du 29 juin 1943, la clause interdisant de prendre la place d’autres cargaisons, les trois millions de bouteilles, les dix usines, l’ingénieur envoyé à Alger et les soixante-quatre usines
- United Service Organizations, entretien avec l’archiviste de l’entreprise, qui attribue le câble au général George Marshall plutôt qu’à Eisenhower
- « Quench Warfare », HistoryNet, sur la campagne de lettres de 1942, l’exemption de rationnement du sucre pour les ventes à l’armée, et le dirigeant de l’entreprise nommé au comité de rationnement
Le contentieux de la banane
- Commission europeenne, fiche du differend WT/DS27
- OMC, communique Press/591, Lamy salue l accord mettant fin au long differend sur la banane, decembre 2009
- Donald Barlett et James Steele, « How to Become a Top Banana », Time, 7 février 2000, sur Lindner, Kantor, Barshefsky, les listes du 10 novembre 1998 et du 19 avril 1999, et le cas de Rick Reinert
Le poulet et les pick-up
Le tee-shirt et le Bangladesh
- Yung Whee Rhee, « The catalyst model of development: lessons from Bangladesh’s success with garment exports », World Development 18(2), 1990, p. 333-346, référence sur les 130 formés à Pusan et les 115 départs
- Desh Garments, page du fondateur, sur la coentreprise avec Daewoo et le nombre de partants, chiffre qui diverge d’autres sources
- The Daily Star, « Desh Garments, a pioneer’s gift to his country », sur l’annonce du 2 octobre 1978 et le parcours de M. Noorul Quader
Le diesel français
- Celine Antonin, Avantage fiscal sur le gazole : une fin programmee, OFCE, 2017
- Sénat, rapport l13-600, qui reproduit la réponse de Delphine Batho au référé de la Cour des comptes en février 2013 et le chiffrage de 6,9 milliards d’euros pour 2011
- Actu-Environnement, 1er mars 2013, sur le référé adressé le 17 décembre 2012 aux ministères de l’Économie et de l’Écologie et rendu public le 1er mars
- Assemblée nationale, question écrite 27181 de Lucette Lousteau, réponse publiée au Journal officiel le 2 juillet 2013, sur le comité présidé par Christian de Perthuis
Renault
La Corée du Sud de 1973
Ce que dépensent huit économies
Le coût d’un emploi créé
- Institut Upjohn, synthese de recherche, juin 2026
- Timothy J. Bartik, Making Sense of Incentives: Taming Business Incentives to Promote Prosperity, Upjohn Press, 2019, dont le tableau du chapitre 2 ventile les cinquante milliards annuels
Funchal et le GSM
- Léonard Laborie, « Concurrence et changement technique. De la norme au marché, la trajectoire unique de la téléphonie mobile en Europe depuis les années 1980 », Histoire, économie & société, 2008/1, p. 91-101
- Ericsson
- From 2G to 3G, The Evolution of International Cellular Standards
- GSMA, communique des vingt ans
- Nokia, billet de Pekka Lundmark, trente ans apres
Les enchères de troisième génération
- Patrick Lenain et Sam Paltridge, « After the Telecommunications Bubble », OCDE, document de travail 361, ECO/WKP(2003)15, tableau IV.1 page 17
- Banque centrale europeenne, Bulletin mensuel, septembre 2000, encadre Implications of the UMTS auctions
- heise, 2025
Le solaire allemand
Le Japon
Nvidia
- synthese des controles a l export
- Jensen Huang raconte à Tokyo, en juillet 2026, l’investissement de Sega qui a sauvé Nvidia en 1995
- Jennifer Kuan et Joel West, Interfaces, modularity and ecosystem emergence: how DARPA modularized the semiconductor ecosystem, Research Policy 52 (2023) 104789, en libre accès sous licence CC BY
- Britannica Money, fondation de TSMC en 1987 et part majoritaire du gouvernement taïwanais
- TSMC, fiche d’entreprise, modèle de fonderie pure depuis 1987
- Fondation de TSMC en 1987 et rôle du fonds de développement taïwanais
- Ling-Ming Huang, histoire des semi-conducteurs à Taïwan dans les années 1970 et 1980, Taiwan Insight
- Nvidia, resultats du premier trimestre de l exercice 2026, 28 mai 2025
- Bureau of Industry and Security, departement du Commerce
- Université Stanford, page des financeurs du projet Brook, qui liste IBM, Sony, ATI, Nvidia, la DARPA et le département de l’Énergie
- « The Origins of GPU Computing », Communications of the ACM, sur le passage de Brook à CUDA par Ian Buck et John Nickolls
- Bill Dally, planches présentées au National Science Board le 23 juillet 2025, « Government, University, & Industry Cooperation: The NVIDIA Story »
L’Inde et la barre des quatre mètres
La liste blanche chinoise des batteries
Le cloud qualifié en France
Les travaux sur lesquels s’appuie la méthode
- Juhasz, Lane, Rodrik, The New Economics of Industrial Policy, Annual Review of Economics 16:213-242, 2024
- Alberto Mingardi, « A Critique of Mazzucato’s Entrepreneurial State », Cato Journal 35(3), automne 2015, p. 603-625
- Réka Juhász, Nathan Lane et Dani Rodrik, « The New Economics of Industrial Policy », NBER, document de travail 31538, note 2, sur Reagan, Pinochet et Thatcher






