Neuvième épisode d’une série en dix épisodes sur le poids de la politique dans le succès d’un produit. Les épisodes précédents ont montré des marchés bloqués par ceux qui possédaient une technologie. Mettre une technologie en commun lève ce blocage : personne ne peut plus la retirer. Reste à savoir où le conflit se déplace ensuite.

Ce que la sanction n’a pas pu couper

En mai 2019, le département américain du Commerce inscrit Huawei sur sa liste des entités (entity list). Exporter vers Huawei un produit, un logiciel ou une technologie soumis à la réglementation américaine exige désormais une licence.

Google s’y conforme aussitôt. Il suspend tout ce qui l’obligeait à transférer à Huawei du matériel, du logiciel ou une assistance technique. Une seule chose échappe à la suspension : ce qui est déjà public sous licence open source.

Les nouveaux téléphones de Huawei perdent donc le magasin d’applications Google Play, Gmail, YouTube et les autres services propriétaires de Google. Ils gardent le cœur d’Android, publié sous le nom d’Android Open Source Project, que chacun peut télécharger librement. Huawei s’en sert pour continuer à vendre, puis lance son propre système, HarmonyOS, dont les premiers téléphones sortent en 2021.

La sanction a coupé ce qui appartenait à Google. Elle n’a rien pu contre ce qui appartenait à tout le monde.

Ce que « ouvert » veut dire

Un logiciel open source est publié sous une licence qui permet à chacun de l’utiliser, de l’étudier, de le modifier et de le redistribuer. C’est l’Open Source Initiative, une association américaine, qui tient la définition de référence et certifie les licences conformes.

Jean-Marc, développeur, le raconte à partir de son propre métier lors de Show Me the Maker, une conférence consacrée aux makers que j’ai organisée il y a quelques années.

« Jean Marc et l’Internet Open Source », intervention à la conférence Show Me the Maker. Vidéo de la chaîne Shy Robotics.

Le mot s’est étendu, et il ne désigne plus toujours la même chose.

Le matériel ouvert. RISC-V est un jeu d’instructions ouvert, c’est-à-dire la liste publique des opérations qu’un processeur sait exécuter. Chacun peut concevoir une puce qui la respecte, sans licence à négocier avec un propriétaire.

Arduino applique la même idée à l’objet : les plans de ses cartes électroniques sont publiés sous licence libre, et n’importe quel fabricant peut les reproduire. Son cofondateur, Massimo Banzi, en parle dans l’entretien ci-dessous.

« Massimo Banzi, fondateur de Arduino », entretien. Vidéo de la chaîne Shy Robotics.

Les poids ouverts (open weights). Les poids sont les milliards de nombres réglés pendant l’entraînement d’un modèle d’intelligence artificielle. Les publier permet de faire tourner le modèle chez soi, pas de savoir comment il a été fabriqué.

L’IA open source. En octobre 2024, l’Open Source Initiative a publié sa définition pour l’IA. Elle exige le code d’entraînement, les poids, et une information suffisante sur les données pour qu’une personne compétente puisse construire un système équivalent. Elle n’exige pas les données elles-mêmes.

Selon ce critère, beaucoup de modèles dits ouverts ne le sont pas. La licence de Llama, le modèle de Meta, oblige toute entreprise de plus de 700 millions d’utilisateurs mensuels à demander une licence à Meta. DeepSeek, un laboratoire chinois, a publié son modèle R1 en janvier 2025 sous licence MIT, l’une des plus permissives. Il a aussi publié un article détaillant sa méthode d’entraînement.

Ces ouvertures se combinent en couches. Un produit n’est maîtrisé que si chaque couche dont il dépend peut être étudiée, modifiée ou remplacée : une couche ouverte posée sur une couche fermée reste à la merci de celui qui tient la seconde.

Ne payer que ce qui vous distingue

Le principe économique de l’open source tient en une répartition. La base commune est développée et entretenue par tous ceux qui l’utilisent. Chaque entreprise n’investit que dans les fonctions qui l’intéressent, et profite du reste : le socle, ses mises à jour, et les contributions futures des autres.

Joachim Henkel l’a observé en 2006 dans le Linux embarqué, celui des machines et des objets électroniques. Son enquête porte sur 268 réponses. Les entreprises publient en moyenne environ la moitié du code qu’elles développent et protègent l’autre moitié. Ce qu’elles publient leur vaut une aide informelle au développement, venue des autres participants.

C’est une rupture avec les deux voies classiques. Faire soi-même (make) oblige à payer tout le logiciel, y compris ce qui ne distingue en rien votre produit. Acheter (buy), sous forme de licence ou d’abonnement, oblige à payer tout ce que le fournisseur décide de vendre, au rythme qu’il décide. L’open source ouvre une troisième voie : coproduire le socle, et ne financer seul que ce qui fait votre différence.

Cette voie a une condition. Le code d’un projet open source se ramifie comme un arbre. Le tronc s’appelle la branche principale (upstream) : c’est la version de référence, celle que le projet publie et que tous les contributeurs améliorent ensemble. Une entreprise qui y reste propose ses modifications au projet, qui les intègre, et reçoit en retour celles des autres. Elle peut aussi copier le code et le faire évoluer seule, sur une branche à part : on parle alors de bifurcation (fork). Mais chaque mise à jour du projet devra alors être réappliquée à sa version, et chaque écart réaligné, à ses frais.

Les pilotes Hyper-V de Microsoft en donnent un exemple. Un pilote est le programme qui permet à un système d’exploitation de commander un matériel. Ceux-ci font fonctionner Linux dans Hyper-V, le logiciel de Microsoft qui découpe un serveur en plusieurs ordinateurs simulés, appelés machines virtuelles. En juillet 2009, Microsoft propose environ 20 000 lignes de code au noyau Linux, le cœur du système qui fait dialoguer les programmes avec le matériel. Le code entre dans la branche principale avec la version 2.6.32 du noyau, publiée en décembre 2009.

La règle du projet joue ensuite pour Microsoft. Un développeur qui modifie une interface interne du noyau doit adapter lui-même tous les pilotes de la branche principale. Et toutes les distributions Linux, ces versions prêtes à installer comme Ubuntu ou Debian, livrent les pilotes sans qu’on ait à le leur demander. Un pilote resté hors de la branche principale doit, lui, être adapté par son propriétaire à chaque nouvelle version du noyau.

Android en donne la mesure. Le noyau Linux y passait de main en main : Google, puis les fabricants de puces, puis ceux de téléphones, chacun ajoutant ses modifications. Selon Google, jusqu’à la moitié du code tournant sur un appareil n’appartenait plus au noyau commun.

Propager un correctif de sécurité jusqu’aux téléphones était devenu, selon Google lui-même, d’un coût prohibitif. Une nouvelle version à long terme du noyau, qui contient ces correctifs, mettait jusqu’à dix-huit mois à arriver sur un appareil. Google demande désormais de proposer d’abord les nouvelles fonctions au noyau Linux officiel, avant de les intégrer à Android (upstream first).

Contribuer rapporte aussi à celui qui contribue. En 2018, Frank Nagle a comparé les entreprises qui contribuent au logiciel libre à celles qui se contentent de l’utiliser. Les premières tirent jusqu’à deux fois plus de productivité de leur usage, parce que les retours des développeurs plus expérimentés leur apprennent à s’en servir.

Un commun qui vaut plus qu’il ne coûte

En 2024, trois chercheurs de Harvard, Manuel Hoffmann, Frank Nagle et Yanuo Zhou, ont chiffré ce que vaut le logiciel open source le plus utilisé. Le recréer une fois coûterait 4,15 milliards de dollars. Mais si chaque entreprise qui l’utilise devait le développer elle-même, la facture atteindrait 8 800 milliards.

Autrement dit, sans ce commun, les entreprises dépenseraient 3,5 fois plus en logiciel. C’est le réseau à l’état pur : une ressource que tout le monde partage, et dont personne ne peut priver les autres.

Le test de l’épisode 8 le confirme. Qui peut dire non à l’usage d’un code publié sous licence libre ? Personne. La licence est donnée une fois pour toutes, à tous.

Ce commun repose pourtant sur peu de monde. Selon la même étude, 96 % de la valeur viennent de 5 % des développeurs.

Pourquoi l’ouverture débloque

Un bien publié ne se confisque plus. C’est pour cela que les États qui contrôlent les exportations visent ce qui reste fermé.

En janvier 2025, la règle américaine dite de diffusion de l’IA soumettait à licence l’exportation des poids de certains modèles fermés. Les modèles à poids ouverts n’étaient pas concernés. La règle a été abrogée en mai 2025, avant même son entrée en application.

L’Union européenne suit la même logique dans sa loi sur l’IA. Un modèle publié sous licence libre, avec ses poids, est dispensé de deux obligations de documentation. Il reste tenu de respecter le droit d’auteur et de publier un résumé de ses données d’entraînement. Et il perd toute dispense si son risque est jugé systémique.

RISC-V montre ce que l’ouverture protège, et ce qu’elle ne protège pas. Fin 2019, sa fondation, jusque-là établie aux États-Unis, confirme son départ pour la Suisse, annoncé une première fois en décembre 2018. Sa directrice, Calista Redmond, explique que des membres du monde entier se sentiraient plus tranquilles hors des États-Unis. Parmi ses membres figuraient Huawei et Alibaba.

Des élus républicains y voient une manière pour Pékin de contourner les contrôles à l’exportation. La DARPA, l’agence de recherche militaire américaine qui a financé une partie des travaux, répond qu’ils étaient destinés à être publics.

Où le conflit se déplace

Le code ouvert échappe à la possession. Le conflit se reporte sur ce qui, autour de lui, peut encore être possédé, contrôlé ou refusé. Quatre endroits reviennent.

Le domicile de la gouvernance. Le jeu d’instructions RISC-V est public, mais la fondation qui décide de son évolution a une adresse, et donc une loi. C’est cette adresse qu’elle a déplacée.

Les personnes. En octobre 2024, plusieurs développeurs liés à la Russie ont été retirés de la liste des responsables du noyau Linux, pour « diverses exigences de conformité ». La règle a été précisée ensuite : une entreprise inscrite sur les listes de sanctions américaines, ou contrôlée par l’une d’elles, ne peut pas y figurer. Le code reste utilisable par tous. La participation à sa maintenance dépend du droit.

La définition. Dire qu’un modèle est open source attire les développeurs et, en Europe, peut alléger des obligations légales. Qui décide de ce qui mérite le mot devient donc un enjeu. Meta continue d’appeler Llama open source, malgré la définition de l’Open Source Initiative.

Ce qui reste fermé autour. Un code ouvert fonctionne rarement seul. Il s’appuie sur des services, des puces et des données qui, eux, ont un propriétaire. Retirer ces appuis suffit à affaiblir le produit, sans toucher au code.

Huawei en a fait l’expérience. Après la sanction de 2019, l’entreprise garde le code d’Android, publié en open source, mais perd les services de Google posés dessus. Or beaucoup d’applications passent par ces services pour identifier l’utilisateur avec son compte Google, afficher une carte, localiser le téléphone ou encaisser un paiement. Uber, Lyft, Gmail ou YouTube ne fonctionnent que s’ils sont présents. Un téléphone Huawei vendu en Europe reste un téléphone Android, mais une partie des applications que l’acheteur attend n’y marche plus.

Les poids d’un modèle d’IA obéissent à la même logique. Ils sont le résultat de l’entraînement, pas le moyen de le refaire. Meta publie ceux de Llama 3.1. Mais fabriquer la plus grande version a demandé 30,84 millions d’heures de calcul sur des puces H100 de Nvidia, soit environ 3 500 ans pour une seule puce. Depuis août 2022, ces puces ne peuvent plus être vendues en Chine sans licence du gouvernement américain. Le modèle a aussi appris sur environ 15 000 milliards de fragments de texte, que Meta décrit comme issus de sources publiques sans en donner la liste. Qui télécharge les poids peut faire tourner le modèle et l’ajuster à ses besoins. Il ne peut ni le reconstruire, ni savoir sur quoi il a appris.

Quand un État fait de l’ouvert une politique

Si l’ouverture met une technologie hors de portée des sanctions, un État qui craint les sanctions a intérêt à la promouvoir. C’est ce que fait la Chine.

En mars 2025, Reuters rapporte que huit organismes publics chinois préparent une orientation nationale pour encourager l’usage des puces RISC-V. Pékin cherche ainsi à réduire sa dépendance aux technologies occidentales. En août 2025, la directive « IA Plus » du Conseil d’État chinois prévoit de développer l’écosystème open source. Côté américain, des élus pressaient dès 2023 l’administration de restreindre le travail des entreprises américaines sur RISC-V.

La France l’a fait aussi, à plus petite échelle et pour d’autres raisons. Le 19 septembre 2012, une circulaire du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, demande aux administrations de considérer le logiciel libre dans leurs achats. Il ne s’agit pas de se protéger d’une sanction étrangère, mais de mieux dépenser l’argent public.

La circulaire avance trois raisons. Le logiciel libre coûte moins cher, puisqu’il n’y a pas de licence à payer. Il s’adapte plus facilement, puisque son code peut être modifié. Et il donne un levier de discussion avec les éditeurs : une administration qui peut se passer d’un logiciel payant négocie son prix en meilleure position. L’annexe de la circulaire ajoute la mutualisation. Plusieurs administrations qui ont le même besoin peuvent financer ensemble un seul développement, au lieu de payer chacune le sien. Elle recommande aussi de reverser aux projets une partie des sommes économisées sur les licences.

Frank Nagle en a mesuré les effets en 2019, et les résultats sont nets. Chaque année, la circulaire a entraîné une hausse de 9 à 18 % des créations d’entreprises du numérique et de 6,6 à 14 % des emplois informatiques. Elle a aussi fait baisser de 5 à 16 % les brevets logiciels. Une loi italienne comparable, jamais appliquée, n’a pas fait augmenter les contributions au logiciel libre : l’effet vient bien de la circulaire, et non d’une tendance de fond.

Ce que gagne celui qui gouverne le commun

La France a trouvé dans l’ouvert des entreprises et des emplois. Pour la Chine, le gain est plus large, et il se voit d’abord à trois endroits.

Ne plus dépendre d’un logiciel qu’on peut lui retirer. Huawei disposait déjà de son propre système pour serveurs, EulerOS, certifié UNIX dès 2016. En décembre 2019, quelques mois après les sanctions américaines, il en publie une version open source, openEuler. En 2021, il en cède le code et la marque à la fondation OpenAtom, créée l’année précédente par Huawei, Alibaba, Tencent et Baidu.

Selon le cabinet IDC, openEuler représentait en 2023 36,8 % des nouveaux systèmes d’exploitation de serveurs en Chine. CentOS et Red Hat, d’origine américaine, en représentaient 20,7 %, et Windows 19,3 %.

Concevoir des puces sans dépendre d’un propriétaire occidental. L’architecture x86, contrôlée par Intel et AMD, et l’architecture Arm, d’Arm Holdings, appartiennent à des entreprises occidentales. RISC-V n’appartient à personne. En 2025, Alibaba présente sur cette base une conception de processeur pour serveurs, le XuanTie C930. Ses dirigeants prédisent que RISC-V deviendra une architecture courante du cloud d’ici cinq à huit ans.

Gagner les développeurs et les clients du monde entier. En octobre 2025, le patron d’Airbnb, Brian Chesky, explique que l’agent de service client de son entreprise s’appuie beaucoup sur Qwen, le modèle à poids ouverts d’Alibaba. Il le juge très bon, rapide et bon marché. En janvier 2026, les modèles Qwen dépassaient un milliard de téléchargements cumulés sur la plateforme Hugging Face.

Reste la question de fond : pourquoi un pays a-t-il intérêt à ce que le monde adopte sa technologie plutôt qu’une autre, si elle n’est pas facturée ? Parce que la valeur ne se prend pas sur le code. Elle se prend sur ce que l’adoption entraîne, et cinq mécanismes le montrent.

Celui qui gouverne décide de la suite. Une entreprise qui adopte une brique ouverte a intérêt à rester sur sa branche principale, sous peine de payer seule chaque réalignement. Elle suit donc les choix de ceux qui décident de ce qui y entre. Pour openEuler, le code et la marque appartiennent à la fondation OpenAtom, créée par des entreprises chinoises. C’est pour ne pas laisser cette décision sous une seule loi que la fondation RISC-V a quitté les États-Unis.

Le modèle entraîne le matériel. En août 2025, DeepSeek publie une nouvelle version de son modèle, V3.1. Elle utilise un format de calcul, l’UE8M0 FP8, conçu selon DeepSeek pour la prochaine génération de puces chinoises. Chaque entreprise qui adopte ce modèle devient un client potentiel de ces puces, au moment où les États-Unis restreignent l’exportation des leurs.

Le gratuit fait vendre le payant. Alibaba ne facture pas les poids de Qwen. Il facture le calcul et les services pour les faire tourner dans son cloud. Fin octobre 2025, plus de 180 000 modèles dérivés de Qwen avaient été publiés sur Hugging Face, plus du double du suivant. Fin 2025, les revenus d’Alibaba tirés des produits d’IA de son cloud avaient au moins doublé d’une année sur l’autre, pour le dixième trimestre consécutif.

Le modèle porte les règles de son pays. Des poids téléchargés s’exécutent chez l’utilisateur, avec ce que l’entraînement y a inscrit. En septembre 2025, une évaluation du gouvernement américain, lui-même partie à la rivalité, a comparé des modèles de DeepSeek à des modèles américains. Sur des questions politiquement sensibles pour Pékin, les premiers reprenaient quatre fois plus souvent des récits trompeurs du Parti communiste chinois.

Le standard de fait se transforme en influence. Le président d’Alibaba, Joe Tsai, résume la stratégie : l’IA sera gagnée par ceux qui l’adoptent le plus vite, pas par ceux qui ont le modèle le plus puissant. Washington fait la même lecture. En juillet 2025, le plan d’action américain pour l’IA écrit que les modèles ouverts pourraient devenir des standards mondiaux, et qu’ils ont pour cette raison une valeur géostratégique. Il demande des modèles ouverts américains, fondés sur des valeurs américaines.

La politique revient aussitôt par une autre porte. En 2026, des commissions de la Chambre des représentants américaine ont interrogé Airbnb sur les risques de sécurité liés à son usage de Qwen.

Outil politique ou pilier d’un réseau ?

Les deux, mais pas au même étage.

Le code publié est un pilier de réseau. Personne ne peut en refuser l’usage, et c’est précisément ce qui le rend précieux quand la politique bloque le reste. Huawei en a fait l’expérience en 2019.

Tout ce qui entoure ce code est politique. La fondation a une adresse, les mainteneurs ont une nationalité et un employeur, la définition de l’ouvert se négocie, et le calcul comme les données restent possédés. À chacun de ces étages, quelqu’un peut dire non.

Et un État peut choisir d’ouvrir pour gagner à ces étages-là : décider de la suite, entraîner son matériel, vendre ses services, diffuser ses règles.

Le débat ne porte donc plus sur qui possède la technologie. Il porte sur qui gouverne le commun, sur qui contrôle ce qui reste fermé autour, et sur la confiance qu’on accorde à celui qui l’a publié.

Ce que ça change pour votre produit

Pour chaque brique ouverte dont dépend votre produit, cinq vérifications suffisent.

Lisez la licence : open source au sens strict, ou poids ouverts avec conditions, comme le plafond d’utilisateurs de Llama. Chiffrez ce que coûterait de vous écarter de la branche principale : chaque modification gardée pour vous devra être réappliquée à chaque version. Regardez où siège la fondation et qui maintient le code. Repérez les services fermés dont vous dépendez autour de lui, comme Huawei dépendait de Google Play. Et demandez d’où viennent les données, si la brique est un modèle d’IA.

Pour la première de ces vérifications, l’outil ci-dessous explique une licence que vous connaissez de nom, ou vous aide à choisir celle de ce que vous publiez vous-même.

Enfin, un commun se gouverne avec ceux qui y contribuent. Contribuer à une brique dont vous dépendez, c'est prendre une place dans son réseau, et parfois une voix dans sa gouvernance.

Ce sur quoi cet article s'appuie

Huawei et Android

Les définitions de l'ouvert

Le modèle économique de l'open source

La valeur du commun

Contrôles à l'exportation et loi européenne

RISC-V

Le noyau Linux

Ce que l'ouvert apporte à la Chine

Pourquoi donner sa technologie

Politiques publiques de l'ouvert